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Chlordécone, le scandale aux effets qui perdurent : une exigence de vérité, justice et réparation pour l’avenir des Antilles

Communiqués de presse

Chlordécone et pesticides : Bien-au-delà d’un scandale, une pollution héritée du modèle colonial aux effets dramatiques

Le chlordécone, pesticide toxique pour l’homme et qui entraîne une pollution durable des eaux et des sols, a été utilisée dans les bananeraies aux Antilles de 1972 à 1993.

Aujourd’hui, ce sujet est un enjeu de santé public majeur impactant de nombreuses vies.

Des femmes enceintes aux nourrissons, des travailleurs agricoles aux consommateurs, nul n’a été épargné par la diffusion lente du poison.

Le plan Chlordécone IV a marqué une avancée en reconnaissant le cancer de la prostate lié à l’exposition professionnelle comme maladie professionnelle, ouvrant enfin des droits à réparation pour de nombreux ouvriers agricoles. Mais cette étape ne suffit pas. Le travail se poursuit pour que d’autres atteintes, dont des malformations et troubles déjà largement documentés sur le terrain et par la recherche, soient à leur tour pleinement reconnues.

Cette reconnaissance est indispensable pour que toutes les victimes, et pas seulement une partie d’entre elles, puissent faire valoir leurs droits, voir leur souffrance nommée, et accéder à une indemnisation à la hauteur du préjudice subi.

Cette situation appelle une réponse sanitaire à la hauteur. Il faut un suivi rigoureux et gratuit pour toutes les personnes exposées, la reconnaissance effective des pathologies professionnelles liées aux pesticides, et un véritable accompagnement des victimes.

L’usage du Chlordécone aux Antilles, une dérogation exceptionnelle traduisant un choix politique loin d’être neutre, une véritable injustice !

Le scandale du chlordécone ne commence pas dans les champs antillais, mais aux États‑Unis, où le même produit, sous le nom de « Kepone », a provoqué un accident industriel majeur à Hopewell, en Virginie, dans les années 1970. Face aux conséquences sanitaires et environnementales, les autorités américaines ont rapidement interdit la production et la vente de cette substance, reconnaissant clairement son danger pour l’homme et les écosystèmes.

En France, pays des droits de l’Homme, qui se veut pourtant attaché à la protection de ses citoyens, la réponse fut tout autre. Contrairement aux États‑Unis, la puissance publique a choisi de déroger à la prudence : alors interdit sur son territoire, elle a autorisé, puis prolongé l’utilisation du chlordécone dans les Antilles, au nom du soutien à la production bananière.

Ce choix n’était pas technique, mais politique. Il a consacré une dépendance durable à un pesticide déjà reconnu comme extrêmement dangereux et nocif, au prix d’une exposition massive de nos populations, des sols et des eaux.

Ce contraste révèle une vérité difficile, la même molécule n’a pas été jugée avec la même rigueur selon les territoires. Alors que les États‑Unis reculaient face au risque, la France faisait le choix d’une interdiction à deux vitesses : totale sur son sol, mais dérogatoire aux Antilles.

Ce double standard résonne comme l’écho d’un réflexe colonial persistant. Entre mobilisation associative et lenteur de la justice

Suite à la mobilisation des associations et après les travaux de commission d’enquête parlementaire, un tournant parlementaire et juridique s’est dessiné.

La Cour administrative d’appel de Paris a reconnu, dans un arrêt du 11 mars 2025, la responsabilité de l’État : autorisation prolongée des produits à base de chlordécone, carence dans l’évaluation des risques, absence de mesures suffisantes pour mettre fin à l’usage du pesticide, et information tardive ou insuffisante de la population.

Cette utilisation prolongée d’un produit dont la toxicité était connue résulte de décisions dérogatoires de l’État, auquel il revenait, depuis la loi du 2 novembre 1943, d’autoriser la mise sur le marché des produits antiparasitaires à usage agricole.

Sur le plan pénal, les premières plaintes datent de 2006. L’examen de l’appel du non‑lieu, prévu pour le 23 mars 2026, a été repoussé au 22 juin 2026. Ce report supplémentaire, près de vingt ans après l’ouverture des procédures, prolonge encore une attente difficile à supporter pour les victimes.

Mobilisation politique, travail législatif

Pour remonter aux racines de la prise de conscience parlementaire, il faut saluer les premiers travaux engagés par les députés Hélène Vainqueur‑Christophe et Serge Letchimy, qui ont conduit à la mise en place d’une commission d’enquête sur l’impact économique, sanitaire et environnemental du chlordécone aux Antilles. Ces travaux ont permis, pour la première fois, de documenter publiquement la responsabilité de l’État dans ce scandale, ouvrant la voie aux reconnaissances judiciaires et à la mobilisation législative qui suivront.

Dans ce long processus de mobilisation, on doit souligner la place de l’avocat Harry Durimel. Défenseur historique des victimes du chlordécone, il a porté leurs voix devant les juridictions nationales et continue d’exiger que justice, réparation et reconnaissance des préjudices soient enfin accordées à celles et ceux qui ont payé le prix de cette pollution.

Si, le 27 septembre 2018, lors de son déplacement en Martinique, le Président de la République Emmanuel Macron a qualifié la pollution au chlordécone de « scandale environnemental » et déclaré que « l’État doit prendre sa part de responsabilité dans cette pollution et doit avancer dans le chemin de la réparation et des projets ».

Cette déclaration du Président de la République interroge néanmoins sur la place des territoires ultramarins dans la République. Peut-on encore affirmer l’unité et l’indivisibilité de la République, lorsque certaines populations demeurent plus exposées, plus contaminées et moins protégées ?

S’appuyant sur les travaux de ses prédécesseurs à l’Assemblée, le député de la 4ème circonscription de la Guadeloupe a repris le flambeau législatif pour traduire dans le factuel les recommandations déjà identifiées par les diverses commissions et missions parlementaires.

La proposition de loi 2024 n°2061 du député Élie Califer, vise à reconnaître la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone et à indemniser les victimes. Adoptée à l’Assemblée nationale le 29 février 2024, elle a franchi une nouvelle étape au Sénat grâce à des débats constructifs et un large consensus. Une lecture définitive est désormais attendue à l’Assemblée pour son adoption définitive.

Comme l’amiante, dont le scandale a nécessité des décennies de reconnaissance et de réparation, le chlordécone n’a pas seulement empoisonné les sols, il a fissuré la relation entre l’État et les territoires, creusant le sentiment d’injustice.

Chlordécone-Charte sociale : l’exclusion des Outre-mer, racine cachée du scandale ?

Les racines de ce scandale, se trouveraient peut-être dans la non‑application de la Charte sociale européenne. Cette Charte, qui encadre les droits sociaux fondamentaux (santé, protection de la famille, égalité de traitement, etc.), ne couvrait pas jusqu’alors officiellement nos territoires d’Outre‑mer.

Cette exclusion, souvent qualifiée de « clause coloniale » par la Commission nationale consultative des droits de l’homme, a été rappelée par le Comité européen des droits sociaux lorsqu’il a jugé irrecevable la réclamation collective de l’FIDH, de la LDH et du collectif Kimbé Rèd F.W.I. sur la pollution au chlordécone et l’accès à l’eau potable.

À un an d’intervalle exact, après la Question au Gouvernement (QAG) durant laquelle le député Élie Califer interpellait solennellement en hémicycle le gouvernement sur cette exclusion, l’annonce faite lors du Sommet de chisinau en Moldavie, le 19 mars 2026, journée de la commémoration du 80ᵉ anniversaire de la loi de départementalisation, prend une résonance toute particulière.

Cette extension, effective à partir du 1ᵉʳ mai 2026, marquera la fin d’un demi‑siècle d’exclusion des populations ultramarines des garanties sociales européennes et devrait ouvrir une nouvelle boussole pour les droits liés à la pollution, à la santé et à la reconnaissance des victimes, y compris dans l’affaire du chlordécone.

La nécessité impérieuse d’une justice reconnaissante et réparatrice

Reconnaître le mal infligé sans édulcorer ni esquiver ; réparer matériellement et symboliquement les séquelles d’une contamination persistante ; protéger, en inscrivant santé et environnement comme piliers non négociables des politiques publiques. Mobilisation politique et législative doivent converger pour faire triompher la réparation.

Refuser d’oublier c’est déjà à agir ; refuser de renoncer c’est exiger l’application du principe républicain d’égalité et de dignité.

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